vendredi 19 mars 2010

(Pilotage Stratégique) Le Tableau de Bord

  • Présentation du concept
L’évolution des mesures de la performance en comptabilité de management est fortement influencée par les modèles de mesure de performance provenant de la théorie des organisations. La performance sera alors analysée en considérant divers indicateurs financiers (vision cybernétique) ou un ensemble d’indicateurs financiers et non financiers (vision holiste) et considérant ainsi l’entreprise sur un plan plus large. Il ne faut cependant par voir en cette dernière une solution miracle car les éléments d’analyse non financiers on aussi leur limite. Ils sont difficiles à mesurer et souvent axé sur le long terme là où les problématiques de l’entreprise peuvent être à un horizon plus restreint.

Le Tableau de Bord Équilibré de Kaplan et Norton est certainement l’outil le plus connu :

















Ces systèmes répondent selon les entreprises à quatre besoins différents, plus ou moins marqué selon la culture de l’entreprise, c'est-à-dire dans une PME la psychologie du dirigeant/créateur :

- Le suivie des résultats
- La direction de l’attention
- L’aide à la décision
- La légitimisation des décisions des gestionnaires


  • Problématiques
L’implémentation d’un tableau de bord de gestion est un processus long et couteux que certains chercheurs ont souhaité mettre en lumière afin de le faciliter. Afin d’avoir un condensé de la méthodologie d’implémentation du Tableau de Bord Équilibré (BCS) nous conseillons la lecture de Alexandros Papalexandris et al (2005).

Les facteurs influençant l’implantation d’un système de mesure de la performance existent et sont multiples dans leur forme comme dans leurs effets. Nous pouvons identifier les facteurs technologiques, les facteurs organisationnels et les facteurs externes à l’entreprise (densité concurrentielle, degré d’incertitude du marché…). Les facteurs organisationnels et techniques sont très bien détaillés dans l’étude de Cavalluzzo et al (2004).


  • Et dans une PME/TPE ?
Les problèmes organisationnels sont faibles dans une PME car il y a peu de salariés et surtout il existe un lien direct entre le dirigeant et les employés d’une part (donc implication visible et possibilité de discussion, d’échange) et entre le « comptable/gestionnaire » et les autres salariés (contact physique de tous les jours facilitant la formation et l’échange d’informations).

Le problème du coût financier et temporel est toujours présent, ici gravement accentué par l’apparente nécessité de matériel technique (ordinateurs, serveur, progiciel…). Mais la petite entreprise est souvent plus simple dans ses processus et la complexité de son activité marchande. Son activité est plus simple à appréhender pour un seul homme nous faisant penser que le coût de développement et de gestion d’un système apparait presque comme fonction de la taille de l’organisation. Concernant les moyens techniques, l’utilisation d’un chiffrier (tableur) est parfois suffisante et toujours mieux que rien si la contrainte est financière.


Le tableau de bord équilibré outil de gestion complet à la fois historique et prospectif étudiant l’entreprise dans son ensemble et est en cela un outil de gestion très intéressant quelque soit le taille de l’entreprise.




Bibliographie :

Cavalluzzo, K. S. and C. D. Ittner (2004). “Implementing performance measurement innovations: evidence from government.” Accounting, Organizations and Society, 29 (3-4), 243-267.

Papalexandris, A., G. Ioannou, G. Prastacos, and K. E. Soderquist (2005). “An integrated methodology for putting the balanced scorecard into action”. European Management Journal, 23 (2), 214-227

jeudi 18 mars 2010

Gestion des coûts

Dans une entreprise, la gestion des coûts peut se faire sur deux fronts. Il y a tout d’abord l’analyse des différents coûts entrant en compte lors du démarrage d’un nouveau produit ou lors de toutes autres décisions relative à l’abandon ou à la poursuite d’un projet. Ces coûts peuvent se classer en 12 catégories : pertinent, différentiel, de renonciation, passé, variable, fixe, direct, indirect, contrôlable, non-contrôlable, incorporable, non-incorporable.

Le contrôleur de gestion pourra venir dans une compagnie et apporter son expertise vis-à-vis la classification des coûts afin de s’assurer que certain coût ne soit pas pris en compte. Par exemple, certains coûts peuvent être imputé à un projet le rendant non rentable mais dans les faits, ces coûts sont passés (études de marché) ou sont fixe pour l’usine et seront engendré même si le projet n’est pas accepté. Le contrôleur sera donc en mesure de faire accepter des projets avec valeur actualisée nette (VAN) positive alors que ces derniers auraient été refusés.

De plus, il sera en mesure de mettre en application des méthodes de coût de revient tel que la méthode du coût complet, la méthode du coût variable, le coût de revient en série, le coût de revient par commande et la comptabilité par activité qui sera traité plus en profondeur plus tard dans le blogue. Avec son expertise, le contrôleur de gestion sera donc en mesure de déterminer quelle méthode est la plus appropriée pour la compagnie, il pourra l’implanter et en faire le suivi. Cette expertise peut s’avérer très utile car selon une étude, 60% des PME se servent de la méthode du coût complet, cette méthode ne s’applique pas nécessairement à toutes les entreprises mais elle semble avoir la côte grâce à sa simplicité (1).

Afin de bien calculer le coût de revient d’un produit, une entreprise doit bien connaître sa chaîne de valeur afin d’être en mesure de bien répartir ses coûts fixes comme le mentionne John K. Shank (2). Le contrôleur de gestion sera donc en mesure de bien établir quelle est la chaîne de valeur de la compagnie, un tel exercice peut même aider l’entreprise à sauver des coûts en éliminant des activités non-contributoire.

Comme promis, voici une introduction à la comptabilité par activité. Le but de ce blogue n’est pas de dire si cette méthode est réellement applicable ou non mais bien de mentionné comment un contrôleur de gestion peut s’en servir. En résumé, cette méthode consiste à imputer les ressources à un inducteur de ressources et par la suite les imputé à un inducteur d’activité aussi appelé objets de coût.


Méthode traditionnelle :

RESSOURCES ---------- » OBJET DE COÛTS


Comptabilité par activité :

RESSOURCES --- » ACTIVITÉS --- » OBJET DE COÛTS


Finalement, la gestion des coûts permettra à l’entreprise d’établir un prix de vente pour ces produits car les études ont démontré que les gestionnaires sont principalement intéressé à connaître leur coût de revient afin d’être en mesure de fixer un prix rentable sur leur produit (3).


La Comptabilité par activité est très dure à gérer pour une PME c'est pourquoi la méthode des coût complet leur apparait comme plus intéressante au niveau du rapport coût / information développée. Penser puis sélectionner les inducteurs de coûts les plus pertinents est un processus long qui prend d'ailleurs du temps à être suivi.

Concernant la PME il est peut interressant de suivre les nouveautés du monde académique comme le développement du concept de Time Driven ABC que l'on pourrait décrire en schématisant comme une méthode ABC avec un unique inducteur de coût : le temps.

Le TDABC prend d’avantage en compte les temps passés des collaborateurs de l’entreprise en intégrant les temps non productifs mais reste dépendant de la qualité de l’information communiqué. C’est le plus gros problème en entreprise car la mesure des temps est une démarche qui par définition ne peut être qu’individuelle car elle devra prendre en compte les heures réellement passé à travailler et non légalement travaillé. Le comptable en management n’est pas à même de pouvoir juger la validité des données transmise laissant donc passer de nombreux biais ayant pour conséquence la surévaluation consciente ou inconsciente du temps travaillé (perception de son travail, bien se faire voir de sa direction, tentative de réduire la rentabilité d’un projet dont on a pas la responsabilité…) ou au contraire sa sous évaluation (réduire les coûts d’un projet dont on est en charge…). A cela peut s’ajouter la mauvaise volonté de certains parfois combiné avec le désintérêt des problèmes de gestion de certains managers.

Pour plus d'information sur la comptabilité par activité et ses limites je vous conseil de passer sur le blog de nos camarades : http://lacomptabiliteparactivites.blogspot.com/



Ces méthodes complexes apparaissent au final tout aussi difficile à gérer pour la petite entreprise qui se rabattra sur la méthode des coûts complets dont l'information est suffisante et dont la simplicité permettra de limiter les biais.





Bibliographie :

(1) NOBRE, Thierry, « Méthodes et outils du contrôle de gestion dans les PME »

(2) SHANK, John K, « La gestion stratégique des coûts : nouvelle cuisine ou nouvelle sauce ? »

(3) BRIERLEY, John A., COWTON, Christopher J., DRURY, Colin, « A note on the importance of product costs in decision-making »

Mesures de performance

Un système de mesure de performance (SMP) est un outil de gestion qui regroupe un ensemble d’indicateurs favorisant une prise de décision plus éclairée. Il est très important d’avoir un SMP car cela permet au gestionnaire de se tenir informé sur se qui se passe dans sa compagnie, voir si les objectifs sont atteint en matière de production, de vente, de service à la clientèle… Cela permet d’avoir une amélioration dans les processus si l’on voit que l’on ne répond pas au standard que l’on s’était fixé, de plus, si l’on répond au objectif, on peut se servir de cela afin d’attribuer des récompenses.

Le contrôleur de gestion est extrêmement important dans cette facette de la gestion car il a l’expertise pour implanter ces mesures. Nous avons trop souvent entendu des histoires d’horreurs à propos d’un dirigeant d’entreprise qui a voulu instaurer un système de mesure de performance dans sa compagnie sans penser aux comportements dysfonctionnels pouvant en résulter. De plus, il faut prendre en compte la résistance au changement de la part des employés et comment la combattre. Finalement, le contrôleur de gestion sera en mesure de bien discerner quel sont les indicateurs devant être utilisés afin de bien envoyer les signaux que l’on veut recevoir sans s’embourber dans un système trop lourd.

Le livre « measure up » (1) propose une excellente façon de mettre en place un système de mesure de performance alors qu’ils font la promotion d’un système mettant l’emphase sur le développement continuel plutôt que sur l’atteinte immédiate d’un objectif. Selon les auteurs, une entreprise considérant qu’elle sous performe comparativement à ses compétiteurs pourraient prendre comme cible la moyenne du secteur et mettre l’indicateur positif à chaque trimestre où la performance se rapproche de l’objectif plutôt que de le laisser négatif tant et aussi longtemps que l’objectif n’est pas atteint.


(1) LYNCH, Richard L., CROSS, Kelvin F., « Measure up!: yardsticks forcontinuous improvement » Édition Cambridge, 1995

Le processus budgétaire

  • Brève présentation

La construction du budget se fait avec deux sources d’information : les données historiques de l’entreprise et les prévisions de ses différents acteurs. Il est l’expression chiffrée des actions que souhaite réaliser ou maintenir l’entreprise afin de suivre sa stratégie. Ses utilisations sont multiples : le budget sert à planifier, contrôler, coordonner, communiquer, évaluer les performances, motiver, apprendre…

Il permet ainsi un questionnement dans l’entreprise par l’analyse de ses écarts avec la réalité et ainsi est un outil créant du sens. Il consiste le plus souvent en un bilan et un compte de résultat prévisionnelle mettant en évidence la situation passée, la situation présente et l'objectif. Les écarts détectés nécessiteront alors une enquête et donc un gain d’information pour l’entreprise.

Le budget est souvent perçu comme rigide, comme un outil de contrôle à la main de la direction pour évaluer l’accomplissement des objectifs fixés et pour mettre en lumière les anomalies (écarts). Il ne faut cependant pas minimiser le rôle d’accompagnement du changement du budget et plus largement de communication. A ce propos nous vous conseillons la lecture de l’étude de Abernethy, M. A. and P. Brownell (1999) mettant en évidence les liens entre le processus budgétaire et le changement stratégique dans le secteur hospitalier (1).


  • Problématiques

L’étude de Hansen, et all (2003) critique le budget sur l’idée elle-même et non pas sur sa difficulté de construction. Un budget n’évalue que des niveaux de possession (par exemple un dépassement de budget peut être créateur de valeur mais n’apparaitra pas comme tel aux yeux de l’utilisateur du budget), il est donc dangereux de l’utiliser comme un outil de gestion de la performance.

Il est aussi devenu évident que le concept de budget présente de nombreuses lacunes qui pourraient jusqu’à remettre en cause son utilisation. La validité d’un budget, outre erreurs involontaires d’estimation, peut être remise en cause par l’existence d’erreurs volontaires de budgétisation. Ces bais budgétaires peuvent représenter des marges de manœuvre (biais venant du bas) ou des biais ascendant (venant de la direction et reflétant de trop grandes attentes de celle-ci). La création de nouveaux biais peut être réduite par la comparaison avec la réalité des chiffres de l’année précédente mais l’intégration des perspectives futures des employées développera d’autres biais (affrontement d’un caractère historique et d’un caractère prospectif). Il apparait que les plus fréquents biais budgétaires affectent le chiffre d’affaire (en influent sur les prix unitaires ou sur les volumes), l’omission d’un programme de réduction des coûts ou encore la surestimation des dépenses au premier rang desquelles les dépenses publicitaires. Le budget peut aussi entrainer des comportements dysfonctionnels en poussant les acteurs de l’entreprise a s’y conformer coûte que coûte, même au détriment de l’efficacité organisationnelle.

A cela il faut ajouter qu’un budget prend beaucoup de temps à réaliser (et à suivre) et qu’un manque de temps est encore l’ouverture à de nouvelles erreurs comme par exemple le report pur et simple des données de la période précédentes ou des analyses trop hâtives. De plus l’environnement des affaires est beaucoup plus rapide que le passé baissant d’autant la fiabilité d’un budget et rendant le réajustement nécessaire de manière récurrente.

  • Réponses possibles

Une adaptation ?
Ces bais peuvent être réduit par une approche interactive du budget car la discussion des gestionnaires et des opérationnels permettra de trouver un accord plus proche de la réalité. Cela pose encore et toujours la question du temps démontrant pour certains que seul des entreprises avec des moyens financiers importants peuvent réaliser des budgets minimisant les biais.
Hansen, S. C., D. T. Otley & W. A. V. d. Stede (2003) rapport deux réponses aux défauts du concept de budget. La première est l’approche ABB (développée aux USA) qui propose de reconstruire un budget sur de nouvelles bases à chaque période.

Ces deux solutions d’adaptation accentue encore le coté couteux et chronophage du processus budgétaire. La solution qui nous semble la plus intéressante serai de conserver un budget tout en intégrant dans notre réflexion ses défauts et approximations et donc en restant attentifs à d’autres éléments de gestion comme les outils de mesure de performance.


Une suppression ?
La seconde solution évoquée dans l’article de Hansen et al (2003) est l’approche dite du BB Group (développé en Europe) et qui prône un abandon du budget et une décentralisation de l’entreprise permettant de se détacher de mesures trop financières. Le budget annuel semble cependant ne pas pouvoir disparaitre car il s’agit d’un outil de communication très attendu par plusieurs des parties prenante de l’entreprise (actionnaires et banquiers notamment). C’est d’ailleurs ce qui ressort de l’étude de Ekholm, B.-G. & J. Wallin (2000) : très peu d’entreprises souhaite arrêter de faire des budgets cependant beaucoup d’entre elles sont en passe de le modifier (réponse aux problèmes évoquer) ou de le compléter (utilisation de forcast, système de pilotage comme le BSC).



  • Et pour les PME ?

Le problème soulevé par le concept de budget dans un contexte global semble encore plus sensibles pour des entreprises de taille modeste caractérisées justement par la faiblesse des leur moyens de gestion que ce soit en terme de volume horaire ou de moyens financiers (les deux étant souvent liées). De plus la taille le plus souvent réduite du service comptabilité rend l’élaboration d’un budget fiable assez complexe. Les variations de son environnement sont aussi un frein.

Il est souvent réalisé par le dirigeant de l’entreprise introduisant ainsi les biais évoqué plus hauts en limitant d’ailleurs son utilisation à une communication externe. Le besoin de formalisation de l’information financière y est cependant moindre car l’organisation est plus centralisée et possède moins de niveaux hiérarchiques entre la direction et la base.

Le budget ne peut cependant pas totalement disparaitre la PME car c’est un élément important pour les partenaires. Nous pensons cependant, comme évoqué plus ci-dessus, que le budget en temps qu'outils de gestion peut disparaître sans trop de difficultés des petites structures qui en serait alourdi. De plus ne plus utiliser de budget c’est avoir du temps pour étudier au mieux sa performance, ce qui une notion plus complexe et surement plus stratégique pour l’entreprise qui aura besoin ici d’un spécialiste comme un comptable en management.



Note :

(1) Pour ceux s’intéressant à la gestion dans le secteur hospitalier nous vous proposition de suivre le blog de deux camarades de notre MBA : http://performancehopitauxquebec.blogspot.com/


Bibliographie :

Abernethy, M. A. and P. Brownell (1999). “The role of budgets in organizations facing strategic change: an exploratory study.” Accounting, Organizations and Society, 24, 189-204.

Hansen, S. C., D. T. Otley & W. A. V. d. Stede (2003). Practice developments in budgeting: an overview and research perspective. Journal of Management Accounting Research 15: 95-116.

Ekholm, B.-G. & J. Wallin (2000). Is the annual budget really dead? The European Accounting Review 9(4): 519-539.